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Jonathan Perret

Midges !

12 Juillet 2013, 14:05pm

Publié par Jonathan Perret

Midges !

Il y a deux sortes de midges. Deux espèces distinctes, avec leurs dissemblances et leurs similitudes. Parmi ce qui les sépare, il faut d'abord noter leur mode de vie. L'une des espèces sort au crépuscule et s'évapore progressivement avec la rosée, dès que les premiers rayons du soleil viennent illuminer les rivières couleur de tourbe qui descendent des cols vert fluo du Kerry. L'autre variété est plutôt diurne, et commence à s'agiter dès que leur alter-ego se replie. On en croise parfois de petits groupes tardifs qui cherchent leur route dans la nuit qui les a surpris.

Point commun frappant : leur forte propension a être grégaire. Même s'il arrive de croiser des individus isolés, ils ne le restent jamais longtemps. Vite rejoints par leur congénères, il forment des groupes compacts, d'une cohésion, pour notre malheur, sans faille. Visibles de loin, ils forment des nuages dansants, vaguement esthétiques dans le lointain mais fatalement annonciateurs d'heures difficiles à venir. Pris au piège d'un tel nuage, il n'y a pas de parade.

En dehors de leurs habitudes horaires marquées, il est assez facile des les différencier. L’espèce de la nuit est très petite est noire, on peut éventuellement distinguer quelques traces plus claires. Cependant leur caractère par nature envahissant, qu'il partage avec leurs confrères, ne laisse que peut de place à l'observation. A leur approche, de violentes pulsions d'anéantissement de la race remontent à la surface et le sentiment scientifique s'en trouve assez vite diminué.

Les adeptes de l'astre solaire si généreux avec nous en ce moment, sont quant à leur taille beaucoup plus imposants et d'un blanc rosé, parfois bariolé de couleurs plus voyantes. Leur présence est plus facile à supporter même si leur observation ne deviendra pas notre loisir favori.

Les vingt-quatre heures quotidiennes se trouvent donc rythmées par la présence de l'une ou l'autre espèce autour de nous, partout, guettant nos faits et gestes, prêts à profiter d'une petite faiblesse, d'une envie pressante causée par une tasse de thé en trop, des tourbières aux façades des centre-villes habillées de bois colorés.

Les midges nocturnes nous sont apparus, début juillet, sur les pâturages ventés de Sheep's head. Brievement :

« - Tiens, on dirait qu'il me gratte ce moucheron ...

- Hmm …, allez viens, on va se coucher. »

A Glengarriff, au bord d'une jolie rivière entourée de chênes qui nous avais rafraîchi pendant deux jours ce n'était déjà plus la même :

« - Putain, mais ils m'attaquent grave là !

- Moi ça va. Je range ça et j'arrive.

- Ouais ben moi je rentre ! »

Plus tard, dans la tente Laurie compte les typiques petites marques rosées qui ponctuent mes mollets, mes bras et mon visage.

Le Gap of Dunloe à signé un tournant définitif dans notre vision de l'espèce. Dans la tente, regardant à travers la moustiquaire :

« - Mais ils sont des millions là !

- Regarde le chien, le pauvre !

- Bon, viens on tue ceux qui sont dedans et on se couche. »

La situation semble être gérée. J'ai proposé une récompense par autocollants. Genre chasseurs américains pendant la guerre du pacifique. Un petit soleil couchant pour chaque adversaire abattu. Battre des mains semble une dépense d'énergie importante pour un résultat médiocre et en plus, difficilement comptabilisable. La meilleure technique semble être une exécution individuelle. La technique du doigt qui tue !

Laurie, détentrice du brevet, nous explique sa technique :

« - Ils sont méchants mais ils sont cons ! », ( comme on le verra plus tard, l'autre espèce n'est pas méchante ).

Puisque une fois repus de notre sang ils se posent volontiers sur la toile blanche de la chambre nous les exterminons en appuyant dessus, bêtement. Ceux qui ont eu la chance d'avoir eu le dernier repas du condamné laissent une marque rouge, les autres une noire.

Malheureusement alors que nous déplions les sacs de couchages, la tasse de thé attend son heure et la sortie devient irrémédiable. Devant la perspective d'avoir à passer une nuit entière avec la vessie compressée la menace semble diminuée. D'un point de vue objectif leur nombre à peut-être doublé et leur appétit les pousse à trouver les moindres failles de notre système de défense. Nous en sommes à coincer des mouchoirs entre les deux chariots de la fermeture éclair de la moustiquaire !

Mais ils faut sortir. Nous voyons leurs millions d'yeux vicieux attendre leur repas en s'excitant.

« - Ils savent qu'on va sortir !

- Bon j'ouvre, je cours, tu sors derrière moi et tu refermes !

- Go ! »

Dehors c'est la panique, je ferme les yeux et regrette de ne m'être jamais entraîné a faire pareil avec mes narines et mes oreilles. La grimace que je fais doit être assez comique pour un observateur qui serait habillé comme un apiculteur.

De son côté, Laurie crie, les fauves lui recouvre les cuisses.

Nous rentrons en catastrophe. Malgré notre technique perfectionnée nous n'avons pas pu faire autrement que d'en laisser rentrer un nuage !

Je repense au roman écossais que je lis en ce moment. Le personnage suppose qu'une personne enfermée dans une pièce avec des midges ne pourrait que devenir folle ! Je regarde autour de moi et je me demande comment on va pouvoir s'en sortir. Finalement, le doigt qui tue reprend du service et une bonne demi-heure après leur dernier moucheron rend l'âme. Les murs de la chambre sont constellés de cadavres. Au matin, la rosée à piégé des centaines d'entre eux sur nos selles, nos poignées, nos sacoches, … Toute la nuit j'ai rêvé que j'étais encerclé par des zombies !

Au matin le départ est difficile. Nous ne savons pas encore ce qui nous attend. Montant au fur et à mesure que nous descendons le Gap, les midges du jour se préparent pour notre première rencontre de masse. Entassés dans des calèches trop lourdes pour les chevaux qui ahanent sous le soleil, ils nous prennent en photo et nous montrent du doigt. Arrivés au pied du col une idée fixe s'impose : fuir !

Naïfs, nous n'avons pas hésité à demander une recette miracle dans un office du tourisme pour se débarrasser des midges « Si j'avais la solution je serai millionnaire ! Peut-être porter une couverture sur la tête … et éviter Killarney. » Dixit l'Office de Kenmare.

Le 11 juillet, péninsule de Dingle, à quelques kilomètre du lieu de naissance du unsung hero local : Tom Crean.

Pendant l'heure des midges : couture, écriture, lecture; obligé de porter la Gore-tex pour cuisiner !; zombies; Dingle, plage de Inch.
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